Edito

A la recherche du temps perdu

Ce fût une des plus grandes catastrophes de l’histoire, qui à coûté à ce jour, la vie à une quinzaine de millions d’être humains sur la planète, hypothèse basse puisqu’il est encore très difficile d’en établir un bilan définitif. Aucun pays n’a échappé à ce terrible virus, quelles que furent les politiques sanitaires mises en place.

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Au delà des malheureuses victimes, des secteurs entiers de l’économie ont été touchés plus ou moins gravement. Un de ceux qui a le plus souffert fût celui des salons , lesquels ont été obligés de fermer leurs portes pendant deux longues années, voire quelquefois plus. Néanmoins, grâce aux mesures de prophylaxie et à une politique vaccinale efficace(Chine exceptée) l’année écoulée a permis à la majorité d’entre eux de rouvrir leurs portes, et tout laisse à penser qu’à moins d’une nouvelle vague de cet affreux Covid qui revienne semer la panique, 2023 verra une réouverture complète de toutes les manifestations indoor de la planète. Quel bilan de ces années noires, quelles conséquences pour le présent et le futur ? C’est ce que nous avons essayé d’analyser en fonction de nos expériences diverses et variées sur les rendez vous professionnels que nous avons visité.

La première constatation, c’est que les salons ne sont pas morts, tant s’en faut. Pourtant, on pouvait craindre le pire après une absence aussi longue. Certains analystes prévoyaient même la fin des salons, en estimant que les entreprises qui exposaient sur toutes ces plateformes allaient trouver des solutions alternatives et que les visiteurs s’en contenteraient. Ce fût d’ailleurs le cas pendant ces années noires, et c’est ainsi que se sont multipliées les rencontres et conférences en ligne. Nous dûmes subir l’âge d’or des Face time, Zoom, et autres Webinair. Il n’existait pas d’autre alternatives, et chacun s’en est accommodé.
Seulement, aucune de ces techniques de communication n’a soulevé un enthousiasme tel que l’on pouvait penser qu’elles puissent remplacer les salons, tant s’en faut. Si elles furent indispensables, elles ont montré leurs limites.

Des humains avant tout

La raison majeure fût vite évidente. Notre appartenance au genre humain, fait de nous des êtres grégaires dont les échanges de visu font partie intégrante de notre nature. Aussi efficaces furent ces contacts en ligne, il a été très vite constaté que nous avions besoin de ces rencontres physiques, que ce soit dans notre vie quotidienne que professionnelles et que les salons constituaient un lieu d’échanges incontournable. Par conséquent, chacun d’entre nous impliqué dans n’importe quelle activité commerciale, n’avait qu’un souhait le retour de ces plateformes de rencontres afin de pouvoir commercer en présentiel comme cela existe depuis la nuit des temps. Il a donc été vite acquis qu’il existait une véritable demande pour le retour à “l’ancien monde”. Le virtuel aussi efficace fût t-il a vite démontré ses limites, rien là que de très normal. Les moyens qu’offre la technologie ne sont que des outils créés par l’homme, à son service.
Ce contexte d’appétence pour la réouverture des salons a donc rassurés les organisateurs, lesquels souffraient mille morts en rongeant leur frein sans savoir sur qui et quoi compter, si ce n’est un reflux de la pandémie suffisant pour espérer repartir. Heureusement celle ci fût maîtrisée et mieux connue des scientifiques, ce qui permit de constater qu’à défaut de l’éradiquer complètement, on pouvait la contenir et vivre avec en prenant les précautions adéquates.

S’adapter le maître mot

C’est ainsi que fort de ces informations les portes des salons se sont rouvertes progressivement dans de nombreux pays. Les plus chanceux ont pu profiter de périodes d’accalmie spectaculaires des attaques du virus, tandis que pour les autres, il a fallu attendre un peu. Toujours est t-il qu’avec toutes les précautions d’usage possibles, le retour à une vie normale a pu s’effectuer sans casse, partout ou des rendez vous professionnels ont eu lieu. Chacun s’est adapté à certaines contraintes, comme la distanciation sociale, le port du masque etc. Enfin, il est apparu que la létalité du virus s’est spectaculairement atténuée, le rendant guère plus dangereux qu’une grippe, sauf pour les gens très âgés ou atteints de comorbidités.

Le temps retrouvé

Dans ces conditions, et malgré quelques obstacles comme les transports aériens et certaines restrictions de circulation dans certains pays et non des moindres, le monde des salons s’est réveillé de ces années de cauchemar pour le plus grand bonheur de tous, organisateurs bien sûr, mais aussi exposants et visiteurs qui n’ont dans la totalité des cas, pas boudé leur plaisir de retrouvailles physiques. Chaque événement que nous avons visité a connu un succès qui a toujours surpris en bien les équipes aux commandes de tous ces salons. Manifestement la demande exprimée pendant ces mois interminables de confinement était bien une réalité. Néanmoins, s’il n’est pas question de tempérer cet enthousiasme partagé, bien légitime, il faudra encore un peu de temps pour un retour à la normale, surtout dans un contexte économique mondial aussi chahuté. Ceci n’a cependant pas empêché certains salons de faire presque comme si rien ne s’était passé, tandis que d’autres remontent en puissance plus progressivement, mais sont en phase avec leur tableau de marche. C’est surtout vrai pour les plateformes Allemandes, mais ceci n’a rien d’étonnant. Celles ci sont plus exposées aux aléas de l’internationalité, et le verrou Chinois ne fût pas sans conséquences. Néanmoins, tout ceci avait largement été anticipé par les organisateurs et le tableau de marche qu’ils avaient établi a été plus que largement respecté, voire dépassé, avec des perspectives des plus optimistes pour l’année à venir. Voila donc le temps retrouvé, pour paraphraser le grand Marcel Proust.

Des salons d’un type nouveau

Il va cependant sans dire que la pandémie aura modifié le visage des rendez vous professionnels, avec l’apparition et la généralisation de ce qu’il est convenu d’appeler des salons hybrides. C’est ainsi que chaque offre globale présentée sur une manifestation pourra se retrouver en ligne via des sites internet dédiés ou l’acheteur pourra se renseigner sur les nouveautés, commander, se réapprovisionner à tout moment. Cette tendance n’est pas révolutionnaire, puisqu’elle existait sur les rendez vous Asiatiques, avant la pandémie, comme à Hong Kong, haut lieu de la High Tech. Elle a connu surtout une accélération avec le Covid et ses conséquences, et tend à se généraliser. Ce mélange entre le virtuel et le réel est cependant une vraie innovation pour certains. Quoiqu’il en soit, ce nouveau phénomène apporte un véritable atout, tant pour les acheteurs que pour les exposants. Cette complémentarité n’offre que des avantages. Sur l’avenir même de la typologie des salons, il se murmure que le ralentissement de la mondialisation, va favoriser la montée en puissance de plateformes plus locales. Permettons nous d’en douter. Ce discours là a fonctionné tant que la puissante Chine, seconde économie mondiale était fermée à double tour. Seulement, cette stratégie n’empêchant pas la flambée de Covid, le gouvernement vient de lever toutes les barrières, et tout laisse à penser que nos amis Chinois vont se précipiter pour rattraper le temps perdu et vu la dimension de leur industrie et leur tropisme pour l’export, il y fort à parier que l’Empire du Milieu va redonner un coup de fouet à la mondialisation. Elle aura juste une forme différente.
Voilà donc ce que nous ressentons à ce jour, à l’aube de l’année 2023. Ces observations sont issues de notre expérience sur les terrains et divers et variés. Peut être aurons nous des surprises, tant le domaine de l’événementiel est complexe et soumis à tant d’aléas que ses acteurs ne peuvent maîtriser. Espérons toutefois, ne plus jamais vivre ces deux années cauchemardesques.